Journal

Une publication courte et (presque) quotidienne, sur ce qui a agité mes petits neurones ou attiré mon attention. C'est un labo: essais, erreurs et touche-à-tout. Soyez prévenu.

La loi de Goodhart

J'ai pris l'habitude de compter le nombre de mots (ou de signes, selon qu'on mesure à la française ou à l'anglo-saxonne) lors de mes sessions d'écriture. Cela me permet de marquer mes progrès et d'avoir une trace de ce que je fais, le but étant de conserver une certaine inertie, une lancée qui me permet d'aller au bout de mon manuscrit.

À un moment, c'était même devenu une obsession : j'avais toute une série de scripts pour compter ces mots dans mes documents Google Docs. C'en étaIt au point que si je n'atteignais pas le nombre de signes que je m'étais fixé pour ma journée, je ressentais une culpabilité qui pouvait me bloquer par la suite.

Totalement contre productif.

 "Quand une mesure devient un objectif, elle cesse d'être une bonne mesure". Je suis tombé sur ce principe, souvent attribué à l'économiste Charles Goodhart, lors de la lecture de Atomic habits de James Clear. Je pense que cela représente bien le problème.

Il faut plus l'aborder sous l'angle proposé par Lionel Davoust. Plutôt que d'écrire tous les jours (et de compter ses mots), il faut "toucher" son manuscrit tous les jours, c'est à dire travailler dessus, que ce soient pour des corrections, une relecture ou la rédaction du premier jet.


Ce n’est pas une nouveauté. Les petites promesses, traditionnellement faites à soi-même à l’aube d’une nouvelle année, ne tiennent guère dans le temps. C’est vrai aussi de toutes nos bonnes intentions. Je vais me mettre au footing. J’arrête de manger trop sucré. Je vais diminuer ma consommation d’Instagram.

Bullshit.

Ce n'est pas vraiment de notre faute. Notre cerveau a tendance à prioriser le moment présent, à valoriser la gratification immédiate, ce qui veut dire qu’on ne peut pas se fier aux bonnes intentions. Les développeurs des applications sur lesquelles on passe le plus de temps l’ont bien compris.

Alors, souvenons-nous d’une chose.

D’une manière générale, plus immédiat le plaisir que l’on retire d’une action, plus on devrait se poser la question de savoir si ça s’aligne avec nos objectifs à long terme.


Une étude a montré que lorsqu’un chimpanzé d’un certain groupe découvrait une manière efficace d’ouvrir les noix et change ensuite pour un groupe qui emploie une stratégie moins efficace, il va éviter d’utiliser sa méthode, pourtant supérieure, juste pour se mêler au reste des chimpanzés.


Les êtres humains sont similaires. Dans notre for intérieur, il existe une pression incroyable nous poussant à nous conformer aux normes du groupe. La plupart du temps, nous préférons avoir tort avec les autres plutôt qu’être le seul à avoir raison. Certains le savent très bien et en profitent. Ils utilisent ce comportement (et bien d’autres leviers) pour nous faire croire en insécurité, pour influencer nos choix lors d’un achat, pour modifier l’issue d’une campagne politique.


Prenons un peu de recul.


Si vous avez une idée novatrice, n’ayez pas peur de la défendre. Si vous avez une opinion ferme, prenez le temps d’en vérifier les origines, les valeurs. Valorisez votre individualité.


Ne soyez pas le chimpanzé qui se conforme au groupe.


Je crois bien que cette citation (foireuse) est de Ribery. Les anglophones disent what goes around turns around.
On peut voir ces maximes comme des rappels que donner ou partager ne doit pas se faire dans l’attente de quelque chose en retour. Donner au sens large, contribuer, partager, cela peut aider quelqu’un d’autre, simplement en faisant la bonne chose, parce que c’était la bonne chose à faire.


Alors pourquoi attendre une forme quelconque de reconnaissance, si c’était simplement la bonne chose à faire ?

Plus tard, on bénéficiera certainement de la bonne action d'un autre.


Perséverer et résister

Je relis mes notes de L’obstacle est le chemin de Ryan Holiday, où il écrit : «  La persévérance et la persistance sont des atouts incroyables. Au bout d’un moment, après avoir tenté toutes les options traditionnelles, on se retrouve à essayer quelque chose d’inédit. »
En persistant dans un défi qu’on s’est lancé, on épuise toutes les solutions qui mènent à l’échec, jusqu’à découvrir une solution innovante qui mène au succès.


Un peu plus loin, Holiday poursuit :
« Dans tous les cas, essayer d’adopter ces maximes :
* ne jamais se presser
* ne jamais s’angoisser
* ne jamais se désespérer
* ne jamais s’arrêter net

Comme le disait Epictète dans l’une de ses phrases préférée : Persevérez et résistez. Le truc est de persévérer dans l’effort, de résister à la distraction, au découragement, au désordre. »


Les gens sous-estiment si souvent le temps qu'il faut pour accomplir les tâches que les psychologues ont trouvé un nom pour cela : l'erreur de planification (the planning fallacy).

— Nicholas Epley, Mindwise : How We Understand What Others Think, Believe, Feel and Want

Je suis bien obligé de reconnaître le problème, trainant depuis plus d'un an sur le manuscrit de Timeskippers.